• Etudes : quand le féminisme s'en mêle

     Ayant opté pour des études de type scientifique (ce que je commence à regretter amèrement, mais ça sera pour un autre article rassurez-vous), j’ai plusieurs fois eu l’occasion de rencontrer des organismes féministes, dont un en particulier, « Elles bougent ». J’ai déjà eu l’occasion d’écrire au moins deux articles à ce sujet, mais ma vision a beaucoup évolué depuis, et il me semble intéressant d’en reparler.

    http://blogs.esme.fr/media/esme_sudria_association_elles_bougent_partenariat_femmes_ingenieurs_decouverte_actions_2016_01.jpg

    « Elles bougent » est donc une association qui « vise à susciter des vocations féminines pour les métiers d'ingénieurs dans l'aéronautique, le spatial, le transport ferroviaire, le maritime et l'énergie ». Les actions de cette association consistent en des interventions dans les collèges et lycées qui ont pour but de rappeler que, « vous aussi, mesdemoiselles, vous avez le droit de vous orienter vers une carrière scientifique ».

    Jusque là, rien de grave : le concept part d’une bonne intention. En effet, le domaine scientifique est « en mal de femmes » : au lycée, elles représentent près de 79% des effectifs en classe de première L et environ 60% en première ES. La proportion de filles en école d’ingénieur est aujourd’hui de 27%, un chiffre qui peut sembler alarmant bien qu’il ne fasse qu’augmenter.

    Donc finalement, il est légitime d’encourager les jeunes filles à s’orienter vers le domaine scientifique si on part du principe que beaucoup d’entre elles pensent simplement que « ce n’est pas fait pour elles ». Des rencontres avec les marraines de l’association (des femmes qui travaillent dans le domaine scientifique donc) aident ainsi à détruire les préjugés …

    Mais pas trop quand même. Et oui, vous la sentiez venir la critique, n’est-ce pas ?

    Résultat de recherche d'images pour "elles bougent"

    Bon, reprenons : jusque là, Elles bougent est une association aux intentions louables. Pourtant, certains points me dérangent.

    •  Tout d’abord, lors de chaque intervention, les intervenantes insistent sur le fait que « les jeunes filles ne vont pas vers le scientifique car elles pensent que ce n’est pas fait pour elles ». Il se trouve que, oui, certaines jeunes filles pensent qu’elle ne peuvent pas s’orienter vers le scientifique. Pourtant, les mentalités ont bien évolué depuis, elle je trouve cette façon de penser un peu arriérée bien que toujours un peu d’actualité. Ne pensez-vous pas qu’affirmer que les jeunes filles ont besoin d’être encouragées revient à faire de cette règle quelque chose de « normal » ? Je m’explique : étant jeune, je ne m’étais jamais posée de questions quant à mon orientation, et il se trouve que j’appréciais les sciences. Il ne me serait jamais venu à l’idée de me dire que je n’étais pas faite pour ça. Et puis cette première intervention d’Elles bougent m’a appris qu’il était normal pour moi d’avoir besoin d’être encouragée dans cette voie, que j’aurais peut-être même du douter finalement.

     

    C’est comme si cette intervention avait eu l’effet inverse, je ne sais pas si vous comprenez ce que je veux dire …

     

    •  Les interventions n’étaient réservées qu’aux filles. Alors, encore une fois, ça part d’une bonne intention, mais pourquoi ne pas proposer à tout le monde d’y aller ? Cela renforce la différence entre filles et garçons, et l’on revient au point précédent. Sur le coup, j’ai vécu ça comme de la « discrimination positive ». Plus tard, je ne veut pas avoir un poste parce que je suis une femme. Je veux être choisie pour mes compétences, et rien d’autre, sur un pied d’égalité avec n’importe quel autre ingénieur, quel que soit son genre.

     

    •  Le côté « destruction des clichés » m’a aussi bien faite rire. A la fin des interventions, les jeunes filles se voient offrir un petit cadeau : une règle en plastique … Rose. Et oui, la couleur de l’association est le rose. Leur charmant site internet est rose, leurs T-shirts sont roses, leurs goodies sont roses … Et ça parle de détruire les clichés.

     

    https://www.altenrecrute.fr/wp-content/uploads/2018/02/Elles-Bougent_1.jpg

     

    Suite à cette mascarade, quelques années plus tard, j’en suis venue à me poser une question : pourquoi, pour une fille et un garçon d’une même famille, d’à peu près le même âge et élevés de la même façon, la jeune fille s’intéresse-t-elle plus aux matières littéraires et le garçon plus aux matières scientifiques ? Ce sont plusieurs amis qui m’ont fait constater cette différence, et je dois avouer que je ne saurais pas répondre à cette question.

    http://medias.psychologies.com/storage/images/couple/vie-de-couple/hommes-femmes/interviews/serge-hefez-on-ne-nait-pas-fille-ou-garcon-on-le-devient/1818296-1-fre-FR/Serge-Hefez-On-ne-nait-pas-fille-ou-garcon-on-le-devient_imagePanoramique647_286.jpg

    Peut-être qu’inconsciemment, les prouesses littéraires des jeunes filles sont plus mises en valeur que celles des garçons durant l’apprentissage ; peut-être que chacun tente d’atteindre un idéal durant son éducation et ses études, cherche à se rapprocher de ce qui l’attire dans le but d’attirer (hypothèse/20) … Non, vraiment, je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est que les mentalités n’ont pas encore totalement changé, mais qu’elles ont bien évolué : de ce fait, les combats sont de plus en plus insignifiants et décrédibilisent la cause (il n’y a qu’à regarder twitter …).

    ~

    Cet article n'est qu'un reflet de ma pensée, et ne prétend en rien être une vérité absolue : je suis ouverte au débat, n'hésitez pas à réagir dans les commentaires ;)

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    Cet article a été écrit dans le cadre des Eklabugs. Vous pouvez lire les articles des autres participants:

    maya#love
    [Eklabugs] Quelques informations sur le féminisme 

    Ella!
    { Eklabugs } Le féminisme, un combat pour l'égalité

    Tsunn
    Point d'interrogation sur le féminazisme

    Eyael_
    Projet Eklabugs : Aux isthmes, citoyens !

    Décafeine
    Pourquoi le féminisme n'est pas une évidence

    sarah nenty
    Profils féministes

    Sname
    [Eklabugs] Le féminisme: Emma Watson et ses associations qui luttent pour l'égalité

    Mimicat
    Eklabugs # 33 : Le féminisme

     


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  • Commentaires

    1
    Lundi 30 Avril à 14:37

    Article plutôt intéressant, j'avais aussi eu une intervention de "Elles bougent". Comme tu dis, l'initiative est appréciable, mais la façon de s'y prendre est maladroite.

     

    Pour la dernière question que tu poses, je pense pouvoir apporter plusieurs réponses, qui vont ensemble.

    Je vais devoir partir un peu loin, avant de revenir sur le sujet de la conversation. Il existe le stéréotype de "les filles sont littéraires et nulles en sciences", "les garçons sont scientifiques et nulle en littérature".

    Entre en jeux différents processus, dont "la menace du stéréotype". En gros, par notre comportement, on va affirmer ce stéréotype.
    "Si je suis une fille. Si les filles sont nulles en science, alors je suis nulle en science. A quoi bon faire des efforts en science, puisque je serais toujours nulle ?", du coup tu n'essaies pas, puis t'as une note de merde, puis te dis que "bah oui, je suis nulle en science, donc les filles sont nulles en science".
    "Je suis une fille. Si les filles sont douées en littérature, alors je suis douée en littérature. Je me sens confiante dans ces domaines, donc j'essaie car je peux y arriver.", du coup, tu as une bonne note, puis tu te dis "bah oui, je suis douée en littérature."

    Inversement pour les garçons, bien entendu.

    (Et tu peux généraliser cela aux ethnies, aux professions.
    Pour ce qui est des filles et garçons, Huguet et Regner, en 2007, ont réalisé une expérience.)

    Du coup, des écart se créent entre les filles et les garçons. Donc, autant les "autres" que les filles/garçons en question vont constater cet écart, ce qui renforce le stéréotype.

    Ensuite, tu as le biais de confirmation = se concentrer d'autant plus sur ce qui confirme nos croyances, et oublier/minimaliser ce qui les infirme.
    Donc oui, les enseignant/e/s vont plus se concentrer sur les filles qui réussissent en littérature, et ratent en sciences, et vont prête une moindre attention aux filles qui réussissent en science ou ratent les littératures.
    Inversement pour les garçons, lorsqu'ils réussissent en science ou ratent en littératures, l'enseignant.e va se concentrer plus dessus, et lorsqu'un garçon rate en science ou réussis en littérature, cela sera moins mis en avant.

    Donc, tu n'as pas faux en disant que "les prouesses littéraires des jeunes filles sont plus mises en valeur que celles des garçons durant l’apprentissage".

    Donc, en ayant un biais de confirmation, tu accentues le stéréotype, ce qui accentue l'effet de la menace du stéréotype, ce qui confirme encore plus le stéréotype et le biais de confirmation, qui accentuent encore plus l'effet de la menace du stéréotype,ce qui confirme davantage le stéréotype, et le biais de confirmation, etc... Et si, en plus, on insiste sur le groupe auquel tu appartiens (ici fille/garçon), tu te sentiras d'autant plus concerné par le stéréotype, donc augmentation de la menace du stéréotype. Bref un cercle vicieux.

     

    En ajoutant à cela, les prophéties auto-réalisantes (agir de sorte à confirmer ses croyances), et plein d'autres effets et processus, tu vis dans un joyeux bordel où chacun joue un rôle qui influence positivement (=renforce) le cercle vicieux.

    Mais, il est important de prendre conscience de tout cela pour mieux se rendre compte des moments où nous (soi + les autres) risquons d'aggraver la situation, et ainsi se reprendre pour "arranger les choses" et/ou moins se laisser influencer.

    2
    Lundi 30 Avril à 17:45

    Le problème est le même que pour toutes les associations qui défendent des profils hors normes. Enfin, même si aujourd'hui, ce n'est pas hors normes d'être une femme (sauf en arabie saoudite). A force d'aider qu'un seul "type" de personne, on décrédibilise et on stigmatise plus qu'autre chose et on creuse les inégalités au lieu de construire des ponts.

    3
    Lundi 30 Avril à 22:47

    Je ne connaissait pas cette initiative, mais je dois dire que je suis étonnée que leurs interventions ne soient destinées que au fille. Je pense que ce type d'intervention peut être intéressante pour tous, pourquoi les actions 'féministes' ne seraient elles adressées qu'aux filles? Et quand à leurs Goodies roses que tu montre, je suis d'accord que ça rappelle le cliché de la femme en rose, l'homme en bleu. Très contradictoire pour cette association qui semble vouloir lutter pour effacer les inégalités, dans le milieu scientifique. 

    C'est drôle car la fin de ton article relie à ce dont parle Décaféiné dans le sien. C'est vrai que la question se pose, personnellement j'ai fais un bac ES mais je me destine vers une voie artistique. Et mon frère se destine vers un bac technologique en informatique, un peu plus scientifique dans son cas. On choisit en fonction de nos centres d’intérêts? Mais au final n'est-on pas inconsciemment guidé? A méditer... 

    4
    Mardi 1er Mai à 22:45

    Tsunn : Wow, tu m'as écrit un roman ! Mais ne t'en fais pas j'ai tout lu avec attention et ton analyse m'a parue très juste. C'est un véritable cercle vicieux, il faudrait éveiller les consciences à ce phénomène ...

    FK : C'est aussi ce que je pense. J'ai essayé de présenter ce point de vue à plusieurs de mes profs de SI, mais d'après eux je devrais plutôt me réjouir d'avoir accès à ces interventions ...

    Sname : Exactement : ces interventions devraient justement être destinées à tout le monde, pour montrer qu'il n'y a pas de différences à faire ... Il faut changer les mentalités de tout le monde, ça sera bien plus utile et efficace. Je crains malheureusement que tu n'aies raison : peut-être que, finalement, nos choix n'en sont pas vraiment ...

    5
    Mercredi 2 Mai à 11:08
    Pourrais-tu retirer le lien vers Feminist Lawyer de ta liste, ce blog n'a pas respecté la charte Eklabugs (publié avant l'heure et aucune mention du projet ni liste des participants). C'est juste une blogueuse opportuniste qui a voulu profiter de nous pour se faire de la pub sans partager les articles des autres, ce qui est contraire à l'esprit Eklabugs. Les règles ne sont pas contraignantes pourtant. C'est juste une histoire de respect. Je m'excuse de ne pas commenter ton article, je n'ai plus de connexion chez moi, je le lirai hors ligne et je reviendrai quand je pourrai.
    6
    Mercredi 2 Mai à 13:55

    J'aime écrire des pavés et oui, il faudrait éveiller les consciences. Déjà, et j'ai entendu certaines personnes le dire, il faudrait changer le nom "féminisme". Ça donne l'impression qu'uniquement les personnes de sexes féminins sont concernées, donc ça accentue l'appartenance aux groupes. Tandis que si on diminue les frontières entre les groupes, on se dira moins qu'on doit "être une fille" ou "être un garçon" - de même pour toute autre sorte de groupe.

    Et, c'est un cercle vicieux vachement pervers, puisqu'en voulant lutter contre, on risque aussi de le renforcer.

    7
    Samedi 5 Mai à 19:13

    Je ne connaissais pas cette association. L'initiative est bonne mais la façon de faire...pas trop. Je trouve que tu as raison sur beaucoup de points (voir tous). C'est absurde de réserver l'intervention aux filles et la couleur rose parlons en... c'est le cliché de base! Après tu parles de cette association et du fait que les filles soient moins présentent dans le milieu scientifique mais certaines filières scientifiques c'est l'inverse (je pense au métier de manip radio). C'est la même chose pour pas mal de métiers dans la santé d'ailleurs. Du coup pour promouvoir l'égalité on pourrait promouvoir ces professions auprès des hommes non?

    Enfin bon bref tout ça pour dire que je suis d'accord avec ce que tu as écrit!

    8
    Mardi 8 Mai à 02:51

    Je connais bien ce dont tu parles car j'ai du me battre pour aller en filière scientifique car on voulait absolument me coller en filière littéraire (au final dans mes études et mon travail j'ai allié les deux). J'ai été deux ans en école d'audiovisuel, on n'était que 4 filles dans ma promotion, pas évident.

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